Amazonie ma chérie – l’épisode de la fin

L’arrivée du guide provoque comme un mouvement de panique. Caro est déjà planquée sous sa serviette pendant que je suis encore entrain d’essayer de me rincer frénétiquement sous la rigole formée par l’auvent de nos tentes tout en criant « J’AI PAS DE SERVIETTE !! ». Dimitri me sauve et m’envoie la sienne en précisant qu’elle a servi toute la journée à essuyer sa transpiration. Notre bon vieux guide n’a pas l’air de voir l’intérêt de braquer sa lampe torche ailleurs que sur moi alors la sueur de Dimitri ça me semble un moindre mal. Il nous explique que parti comme c’est il va pleuvoir toute la nuit, nos tentes ne vont pas tarder à être inondées, on ferait mieux de rentrer à la maison. Je file rapidement me rhabiller avant que les moustiques ne me mange toute crue et je manque de mourir asphyxiée après m’être aspergée de répulsif à l’intérieur de la tente. En sortant je me rends compte que sous la pluie je bulle. Pendant qu’on plie les tentes, j’aperçois une luciole. J’ai à peine fini de dire regardez ! et c’est la forêt entière qui scintille. Ça n’impressionne pas une seconde la pluie qui continue à battre son plein alors vite vite vite le guide nous presse de remonter dans le bateau. Sur le chemin je glisse tout plein parce que j’ai les bras chargés et la terre est mouillée et surtout je n’arrête pas de me retourner pour voir la forêt danser. Une fois sur le bateau je me dis que c’est trop bête de devoir quitter ce spectacle mais je tourne la tête et je m’aperçois que c’est toute l’Amazonie qui scintille à perte de vue. Rambo se met à l’avant de notre pirogue pour indiquer le chemin au conducteur avec sa lampe torche. Régulièrement la foudre frappe la jungle au loin et alors, et sa silhouette et celle des arbres se découpent si fugacement que l’on croirait rêver. Le trajet est encore plus long qu’à l’aller mais cette fois personne ne parle, personne ne rit, personne ne dort. Il me semble que, comme moi, personne ne cesse de regarder, de regarder de tous ses yeux et l’Amazonie et ses lucioles et les silhouettes qui la hante.

Le lendemain matin notre guide s’y reprend à plusieurs fois avant de parvenir à nous réveiller. C’est qu’on est rentrés bien tard hier soir. Notre arrivée a réveillé la vieille dame qui a refait tous nos lits, pendant que lui cuisinait en râlant parce qu’il serait bien allé se coucher. Après le petit déjeuner on remonte dans le bateau, direction une nouvelle rive, une dernière ballade. Cette fois on se concentre bien fort pour ne jamais perdre Rambo des yeux. Sur le chemin, Dimitri repère un tout petit serpent qui se dore la pilule à deux pas de nos pieds. Alors que notre guide nous explique que c’est une couleuvre Rambo déboule comme une bombe et le découpe en deux avec sa serpe (le serpent pas le guide). Il nous dit que son poison est des plus mortels et nous on regarde tous notre guide (celui qui n’est pas Rambo) comme un danger public. On n’imagine pas une seconde que ce soit Rambo qui se trompe. Rambo il est trop fort. Ensuite on arrive devant un marécage et notre guide ressort les cannes à pêche avec l’air de celui qui nous fait la surprise du siècle. Nous on aime bien ça pêcher des piranhas mais à la place on aurait quand même préféré faire un truc nouveau. Voir un jaguar par exemple. Ou un anaconda. Ou un gorille. Ou un anaconda entrain de manger un gorille. Sinon des papillons. Des papillons géants qui seraient de toutes les couleurs et qui feraient de jolies photos. Non ? Cette fois, toutefois, j’ai une baraka d’enfer, j’attrape dix poissons pendant que les autres peinent à en sortir un. Rambo est vexé. Il s’entête à pêcher sans succès alors que tous se sont lassés depuis longtemps. Même moi je me suis lassée, au bout d’un moment la réussite c’est fatigant. On finit par suivre notre guide qui veut nous montrer un arbre (lui, il nous montre toujours des trucs passionnant). On est un peu inquiets de s’éloigner de Rambo mais il n’y a rien à faire il n’arrive pas à accepter qu’il puisse échouer alors il continue de pêcher. Quand vingt minutes plus tard on vient le retrouver, sa phase de déni est finie mais il est de mauvaise humeur. Et puis finalement on prend le chemin ou plutôt la rivière qui nous ramène au village. Je mets une dernière fois du répulsif parce que j’en ai marre de me faire manger et alors que je termine à peine de l’étaler sur mon bras, une fourmi s’y pose, me regarde droit dans les yeux et me pique.

Quand on arrive au village, il y a une quinzaine de stands qui nous attendent. Les habitants ont monté tout ça juste pour nous. Ils ont sorti leurs plus beaux bracelets, leurs plus beaux perroquets en fil de fer et leur plus belles boucles d’oreille plume. On ne se sent pas du tout obligés d’acheter. Et comme nous ne sommes que 5, les dix stands à qui nous n’achetons rien repartent avec l’air un peu blessés. On rentre manger nos poissons mais cette fois ils ont un goût de vase, ce qui n’est pas totalement étonnant puisque c’est là que nous les avons pêchés. Et puis finalement tout va très vite, on plie bagage, on dit au revoir, on remonte dans la pirogue, on papote, on rit, on dort un peu, on descend du bateau, on monte dans une voiture, le chauffeur s’endort, Clément essaye de lui parler pour le tenir éveillé, ça marche de façon aléatoire mais bizarrement on rentre indemnes à Iquitos. Le retour à la civilisation nous semble incongrue. On se quitte le temps de prendre nos douches. Dans mon auberge il n’y a plus d’eau froide, seulement de l’eau bouillante. Et puis je retrouve les autres, on dîne, on se ballade et la pluie nous tombe dessus avec sa douceur toute amazonienne pile quand on passe devant un bar. On se dit que c’est un signe. Il ne faut jamais ignorer les signes. Alors on prend un verre, puis deux, puis trois et quelques autres parce que la pluie ne s’arrête pas. Finalement le bar ferme et il n’y pas plus un chat dans les rues alors je suis assez contente que tout le monde me raccompagne à mon auberge.

Le lendemain je retrouve les copains et on va à l’île aux singes. C’est une île où sont recueillis les singes qui ont été récupérés par les services de la police pour la protection de la faune sauvage dans le but de les sauver du trafic d’animaux et de les réinsérer dans leur milieu naturel (merci Internet) (ici non plus je ne suis pas parvenue à écouter quoique ce soit, il y avait beaucoup trop de trucs à regarder) (des trucs vivants suspendus par la queue avec des regards de chenapan). La très grande majorité s’y balade en totale liberté. La dame qui nous accueille en a d’ailleurs trois dont l’occupation principale semble être de s’accrocher à sa tête ou à ses bras. Elle nous prévient qu’il y a des chances pour que certains nous grimpe dessus aussi, et en effet ça ne tarde pas. Clément et Dimitri sont squattés direct. Moi je suis un peu réticente. Il faut dire que les seuls singes que j’ai côtoyés en voyage jusque là ne semblaient pas avoir de plus grande passion que mordre ma sœur ou me piquer mes gâteaux. Et puis finalement un petit rouquin me choisit et m’escalade sans me demander mon avis. Il s’installe sur mes épaules. Et. Il. Me. Caresse. Les. Cheveux. Quand au bout d’une demi-heure il s’arrête et grimpe sur Caro je suis inconsolable. Après avoir fait trois fois le tour du parc on reprend le chemin d’Iquitos, des cœurs plein les yeux et puis c’est déjà l’heure de se quitter. Caro, Clément, Dimitri et John prennent l’avion ce soir. On se dit au-revoir en se promettant de se retrouver en Bolivie pour le Salar d’Uyuni et ça me fait bien plaisir, ce n’est pas tous les jours qu’on trouve des copains de voyage avec qui on rit autant ! Je traîne encore à Iquitos quelques jours principalement parce que j’ai tellement tardé à acheter mon billet d’avion que je suis obligée d’attendre pour retrouver un prix abordable. J’en profite pour me la couler douce, m’occuper un peu du blog, aller déjeuner chaque jour au même endroit pour faire plaisir à la serveuse qui a l’air si contente qu’une française vienne dans son restaurant, renoncer à porter robes et shorts pour échapper aux regards libidineux du gérant de mon hôtel (beurk), braver les avertissements des habitants et sortir avec mon appareil photo, attendre en vain qu’il n’y ait personne dans la rue pour prendre mes photos et me faire dévorer par les moustiques. Ensuite je monte dans l’avion et je fais, un peu émue, mes adieux au Pérou. Bolivie me voici !

 

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3 comments

  1. Oh la la qu’est-ce que je ris 😂 tes aventures sont tellement palpitantes et c’est tellement bien écrit que j’ai l’impression d’être avec toi !!! Et alors les photos… tellement belles… magnifiques 👍
    Chapeau bas Charlotte. Et vite la suite 😉 Bisous

  2. L’ Amazonie et ces trois épisodes pleins d’émotions; tout est possible, 🐆🐯🐒🐟 mais Rambo veille !…..et cette belle aventure continue . Toujours le même plaisir d’être un peu du voyage par la richesse des textes et les magnifiques photos .
    Plein de bonnes choses pour la Bolivie.

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