Amazonie ma chérie – l’épisode du début

J’ai quitté Huaraz en bus et comme à chaque fois le trajet vers Lima est passé en un éclair. Les places panoramiques étaient réservées pour une fois mais dans la vie j’ai de la chance alors ceux qui s’apprêtaient à me piquer ma place préférée ont raté leur bus. Je m’émerveille du paysage autant qu’à l’aller avec en plus ce sentiment tout particulier de quitter une région aimée. Je pique avec bonheur le mp3 de Cédric (je suis la fille qui prépare son départ pendant des mois et qui oublie d’amener de la musique) et je papote tout plein avec Eric. Il me parle de Madagascar où il a grandi et je me promets d’inclure ce pays dans mon prochain tour de monde (hi). Pour mon troisième et dernier passage à Lima je renonce à choisir un hôtel et me contente de suivre les garçons. Et cette fois l’auberge n’est pas glauque et la chambre sent bon. On pose nos sacs, file vite sur la place de Miraflores et le match Pérou-Colombie commence. Le Pérou n’a pas été qualifié pour jouer en coupe du monde depuis 1982 alors il y a un espoir fou autour de ce match. On est loin de l’écran et il y a foule mais les péruviens sont tout petits alors je suis le match sans problème. C’est sacrément pratique d’être grand en fait. Moi je ne suis grande qu’au Pérou. J’ai autant de plaisir à regarder les visages qui nous entourent que l’écran géant. Il y a tous les âges et autant de femmes que d’hommes. Tous vivent le match intensément. Les retardataires arrivent en courant et s’enquièrent du score avec inquiétude. Malheureusement on doit quitter la place dix minutes avant la fin pour être à l’heure au restaurant. Ça me fend le cœur mais les garçons m’ont promis des sushis. Des sushis !!! Le chauffeur de taxi qui nous amène à bon port ne quitte pas des yeux l’écran de son portable qui diffuse la fin du match. J’aurais bien envie de lui faire la morale mais j’ai le sentiment que cela lui ferait du chagrin alors je regarde la route à sa place. De toute manière il n’y a pas un chat. Au restaurant non plus. Mais il y a des suchis-ceviche (meilleure invention ever). Le lendemain matin les garçons ont la bonne idée de me mettre devant Narcos avant de filer prendre leur bus, ça m’occupe en attendant l’heure de mon vol pour Iquitos. Quand j’ai faim je sors prendre un Macdo alors qu’ils m’ont recommandé un super restaurant pas-loin-pas-cher. Je n’y peux rien j’ai BESOIN d’un sunday caramel. Juste avant de rejoindre l’aéroport je reçois un message de Caro et Clément rencontrés pendant le trek de Santa Cruz. Ils me demandent si ça me dit de faire avec eux un tour de trois jours en Amazonie qui débuterait dès demain.

A Iquitos, je suis saisie dès l’instant où je sors de l’avion par cette chaleur humide que je n’avais pas ressentie depuis mon voyage au Nicaragua il y a plus d’un an de cela. Je sors de l’aéroport et je monte ravie dans un tuk-tuk. Sur le trajet de l’hôtel je me sens comme quelqu’un qui aurait été télé-transportée sur une autre planète. Ici on est encore au Pérou mais tout est différent. Il y a du vert qui nous encercle partout, il y a des dizaines de tuk-tuks et de scooters surpeuplés qui se doublent en klaxonnant, il y a les péruviens qui ne ressemblent plus au péruviens et qui se baladent nonchalamment, et puis des mini short partout et de grosses poitrines qui débordent de hauts trop moulants. Elles sont loin les cholitas, avec leurs tresses sages et leurs longues jupes bouffantes ! J’ai décidé de faire ce saut à Iquitos parce que j’avais envie de dépaysement. Je n’en attendais pas tant et ça fait un bien fou d’être surprise à nouveau ! Je ne peux me départir d’un sourire immense durant tout le trajet. Je pose mes affaires en vitesse à l’hôtel et je rejoins au restaurant Caro et Clément ainsi que John et Dimitri qui se joignent à eux pendant deux mois. Ils se sont occupés de tout, on part tous les cinq demain matin à 8h, direction la jungle.

C’est un long trajet qui nous amène à destination. Deux-trois heures de voiture (pendant lesquelles je dors) (ça faisait longtemps) suivies de trois-quatre heures de bateau. Notre bateau c’est une espèce de grande pirogue à moteur avec un petit toit au milieu. Très vite on aperçoit des dauphins autour de nous, de tout petits dauphins gris au dos tout rond. On est sur l’amazone. Pendant le trajet on papote, et mon rhume s’aggrave. Logique il fait 35°. J’achève le seul paquet de mouchoir que j’ai amené avec moi avant même l’arrivée. Ça m’occupe l’esprit un bon moment : il y en a des mouchoirs en Amazonie ? Et puis le guide nous sert nos sandwichs avec des serviettes en papier, je repère le paquet dans le bateau et je me demande comment parvenir à le subtiliser (le subtiliser c’est plus romanesque que d’en demander non ?). La pirogue fini par accoster. Sur le rivage, un petit village, des maisons en bois sur pilotis. La plupart n’ont pas de cloison ou alors pas partout. Les enfants nous regardent passer, les adultes dans leurs hamacs nous ignorent.

En marchant, on regarde tous où l’on met nos pieds et puis au dessus de nos têtes aussi. La densité sonore est élevée, ça vit ici, ça vit partout autour de nous. On arrive assez rapidement dans la maison où l’on va dormir cette nuit. Comme partout les murs ne montent pas jusqu’au plafond. On pose nos affaires et le guide nous amène faire notre première balade. On scrute le chemin et la végétation qui l’entoure en nous attendant à nous faire surprendre à tout moment par un anaconda, un varan ou même un jaguar. Le jaguar, moi je n’y aurais pas pensé si le guide ne nous avait pas raconté qu’un enfant s’était fait mangé il y a peu. En réalité je ne suis pas tout à fait certaine que l’enfant se soit véritablement fait manger mais il a suffi que le guide dise plusieurs fois les mots enfant, jaguar et manger dans la même phrase en faisant des grands gestes pour que je visualise très concrètement une scène tout à fait abominable. J’essaie de me rassurer en disant « mais les jaguars c’est pas très gros non ? Un peu comme un puma ? Un petit puma ? » Mais Clément est formel. Un jaguar c’est gros. Très gros. Et avec sa main il me montre la hauteur d’un poney. Ne vous méprenez pas, j’adore les gros chats et je n’ai rien contre les poneys. Mais là, avec mes petites sandales (on m’avait dit qu’on nous prêterait des bottes), mon petit débardeur (on m’avait dit de mettre des manches longues. MAIS IL FAIT 40°) et mon petit sac à dos, je croise les doigts très fort pour ne pas en croiser. Finalement sur ce premier chemin on voit un papillon et une grosse fourmi. Une pas dangereuse parce que le guide nous explique qu’il y en a ici si elles te piquent tu meures. Sur le coup je ne sais plus très bien ce que je suis venue chercher dans le coin. Un peu comme mes doutes avant de monter dans l’avion pour mon tour du monde mais après le départ. On arrive assez rapidement dans un nouveau village. Des jeunes disputent un match sous les yeux attentifs des habitants. Et tout d’un coup c’est le déluge. Notre guide a l’air tellement content de cette pause imposée qu’on pourrait croire à un complot. Il nous amène sous un toit où sont placés une table des chaises et un monsieur qui vend des bières. Complot je vous dis. Du coup on sirote, impressionnés par la douche que se prennent les joueurs sans broncher et par la tarentule qui se promène au-dessus de nos têtes. Des enfants s’amusent sous la pluie et piquent des fous rires dès qu’ils croisent nos regards.

A la fin de la deuxième bière la pluie s’arrête, aussi soudainement qu’elle est venue. On est contents on va pouvoir reprendre l’exploration. Mais c’est sans compter notre guide. Qui n’a pas l’air tout à fait frais. En voyant sa démarche vacillante on se dit que ce n’était peut-être pas l’idée du siècle de partager nos bières avec lui. Pour le coup on est plus si sûrs d’avoir envie de s’enfoncer dans la jungle. Je veux dire, quitte à braver des gros chats buveurs de sang et des fourmis tueuses je préférerais que ce soit en compagnie d’un homme sain d’esprit. Ceci dit il s’arrête si longuement auprès de chaque plante qu’une heure plus tard on est toujours dans le village. Plus personne ne comprend rien à ce qu’il dit. Je crois qu’il nous parle de Jésus Christ. Et puis il attrape un fou rire. Je me surprend à espérer que le problème soit vraiment l’alcool. J’ai comme un doute. On finit par reprendre le chemin qui mène à la maison en regardant plus que jamais partout autour de nous parce que notre guide lui, il ne regarde plus rien du tout. Quand on arrive il nous dit qu’il viendra nous chercher quand le repas sera prêt et qu’après on ira observer les tarentules. J’aime autant qu’il ait le temps de dessoûler avant de nous coller devant des araignées velues. On découvre les toilettes au fond du jardin et la douche qu’est rien qu’un gros bidon rempli d’eau marron. On tombe tous d’accord pour rester sales. L’heure du repas arrive et il nous annonce tout content que ce soir c’est crocodile. Le crocodile c’est pas bon. Un peu comme un poulet qui aurait moisi très très longtemps avant d’être servi. Miam. La seule bonne nouvelle c’est que le paquet de serviettes en papier est sur la table. Ça tombe drôlement bien parce que j’ai fini le paquet de mouchoir que Caro m’a passé pour me dépanner. Plus le temps passe plus j’éternue et j’ai la tête comme une pastèque alors quand il est l’heure d’aller voir les tarentules moi je me mets au fond de mon lit. C’est toute une histoire d’entrer sous ma moustiquaire parce qu’une grenouille a élu domicile dessus et j’ai regardé dans ma vie beaucoup trop de documentaires animaliers pour ne pas me méfier d’une grenouille qui est rouge à taches vertes.

 

11

3 comments

  1. Coucou Charlotte c’est Eveline (la jeune retraitée… hi hi)… Ta maman m’a appris ton grand périple… Quelle belle aventure et tu as bien raison d’en profiter !!!
    J’aime beaucoup ton blog et j’attends également tous tes posts avec grande impatience ! J’ai hâte à chaque fois de connaître la suite de ce beau voyage.
    Tu écris super bien et alors tes photos… elles sont juste… MAGNIFIQUES !!!
    Gros bisous et ne tarde pas trop à nous donner de tes nouvelles.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *