Arrêt Arequipa

Pour aller à Arequipa à partir de Paracas je prends le bus, après tout il n’y a que 14h de route. J’ai un peu peur que ce soit long, voir trop long, voir beaucoup trop long et en fait non. Avec Audrey et Vincent on prend les places panoramiques à l’étage juste au dessus du chauffeur. Du coup c’est comme au cinéma, on a plein d’images qui défilent sous nos yeux. Des dunes, des maisons jamais finies, de la côte, des détritus sur le bas côté (tellement de détritus !), la mer qui scintille et puis des montagnes aussi sur lesquelles on monte puis on descend puis on remonte. Dit comme ça, ça ne fait pas rêver mais je suis captivée, je crois que je suis définitivement une contemplative. Quand le soleil se couche on est sur une petite route de montagne qui surplombe la mer, ça fait des couleurs hallucinantes, j’aurais tellement aimé arrêter le bus et faire des photos mais le chauffeur semble pressé et je ne suis pas sûr que tous les voyageurs apprécieraient de faire durer le plaisir. De temps en temps je suis du coin de l’œil le film qui passe sur la télé située au dessus de nos têtes (heureusement qu’on peut incliner le siège). Son en espagnol et sous-titres en Anglais, je comprends absolument tout sans savoir grâce à quelle langue. Et puis la nuit tombe, le chauffeur change et le nouveau est tout fou fou, il accélère dans les virages, adore se rapprocher le plus possible des camions sur lesquels il y a écrit « attention explosif » et attend toujours qu’il n’y ait aucune visibilité pour doubler. Tout ça sur les petites routes sinueuses de montagne qui grimpent doucement vers Arequipa. Ce qui est fou, c’est que je suis consciente que c’est objectivement dangereux mais je n’arrive pas à avoir peur. Je ne dis pas que je ne préférerais pas qu’il roule normalement hein mais je me sens bien. Incroyablement confiante. Ce voyage me rend bizarre. Audrey demande au Monsieur qui s’occupe du service s’il peut dire au chauffeur de ralentir, le type lui répond tranquillement que non parce que c’est normal qu’il conduise comme ça mais que si elle veut on peut descendre, en bas c’est la première classe, il reste des places et elle ne verra pas la route. Alors on descend, Audrey pour ne plus voir la route, Vincent pour accompagner Audrey et moi parce que je n’ai pas peur du fou furieux qui est au volant mais par contre l’idée de rester absolument seule dans un étage de bus vide ça me fout les chocottes. Va comprendre ! En bas je m’endors direct, tranquille-Emile, je serais dans mon lit ce serait pareil. Je me réveille à minuit quand le bus s’arrête, on est arrivés. Il faut choisir un chauffeur de taxi et dire où on veut aller, heureusement qu’Audrey et Vincent sont avec moi parce que personnellement je dors encore et je n’ai absolument aucune idée d’où je veux aller, il était très bien ce bus pourquoi on m’oblige à me lever maintenant ? Puisqu’on a rien réservé le chauffeur nous amène à un premier hôtel et négocie le prix pour nous mais il ne nous attire pas vraiment cet hôtel alors on lui demande d’aller plutôt à un endroit qu’on a repéré sur le guide du routard (je dis on mais on est d’accord que moi je n’ai absolument rien repéré hein) mais il est minuit alors l’hôtel qu’on voulait est fermé, on se rabat sur un troisième pas loin et cette fois c’est le bon. Quand je me réveille le lendemain matin je me rends compte que l’hôtel est super chouette (alléluia), il y a même une terrasse sur le toit d’où l’on voit les clochers des églises et les sommets enneigés des volcans qui entourent la ville. C’est beau. Et il y a une chaise longue. Il ne m’en faut pas plus pour élire domicile ici pendant dix jours.

Objectif : cours d’espagnol. Au début je pense en faire toute la journée et puis après je me dis trois heures par jour c’est bien et puis la dame me dit de commencer par deux heures et on verra après si j’en veux plus. En fait deux heures de cours d’espagnol c’est long. Parce que ce sont des cours individuels, il n’y a pas moyen, comme à l’école, de regarder par la fenêtre et de penser à autre chose. La prof elle me parle tout le temps et elle me fait faire des exercices et répéter ce qu’elle a dit et récite-moi l’alphabet (je ne me souviens que de la jota et la jota elle est loin dans l’alphabet alors ce n’est pas brillant). J’avais oublié que je n’aimais pas l’école. Sincèrement j’ai envie d’apprendre mais je ne peux pas m’empêcher de me sentir prise au piège dans une salle de classe, je passe la moitié du cours à me dire « c’est pas possible ça fait déjà au moins trois heures que j’y suis là ! mais elle va me laisser sortir oui ?! ». Tout ça à cause de Madame Bulle qui m’a collé une gifle le jour de la rentrée au CP. TRAUMATISÉE je suis. Le premier jour je fais mes devoirs très sérieusement le soir même. Le deuxième jour je les fais pendant le petit déjeuner, le cours est à 13h je suis large. A partir du 3éme jour je commence mes devoirs en panique à 12h40 et google translate est mon meilleur ami. Comme quoi on peut avoir 33 ans, décider librement de prendre des cours et agir comme quand on en avait 14. De temps en temps ma prof me tend des pièges et m’interroge sur les leçons des cours précédents le précédent (mais elle va me lâcher avec l’alphabet oui !). A chaque fois je sens la perle de sueur se former sur mon front parce que bien évidemment je ne relis jamais deux fois la même leçon mais bizarrement je réponds. L’adrénaline fait des miracles. Lors du tout dernier cours alors qu’on est en train de se dire au-revoir elle me pose une toute dernière question (en espagnol, elle me parle toujours en espagnol alors qu’elle parle parfaitement le français, la garce) et je réponds immédiatement, en anglais. Vous auriez vu sa tête. La fille, elle se décarcasse pour me faire apprendre des millions de mots et de phrases et toutes les règles de grammaire en espagnol tous les jours pendant une semaine et je lui répond du tac-au-tac en anglais. On se quitte la dessus et je ne suis pas fière-fière. Le soir même je rencontre un américain qui m’interroge sur les cours d’espagnol justement parce qu’il voudrait bien en prendre aussi et on a beaucoup de mal à communiquer car un mot sur deux qui sort de ma bouche sort en espagnol. Alors là pour parler espagnol à un mec qui aimerait bien que je lui réponde en anglais pas de problème, je gère !

Heureusement le lendemain matin un chilien prend le petit déjeuner en même temps que moi et on discute et j’arrive à formuler plein de questions intelligibles, d’ailleurs il a l’air de considérer que je parle couramment parce qu’il s’exprime très vite, je ne comprends absolument rien à ce qu’il me répond sauf à lui faire répéter trois fois et une fois sur deux j’ai la flemme et quand il me pose des questions à son tour je ne vous raconte pas la galère. Mais au bout de deux heures à tartiner mes bouts de pain (si on peut appeler ça du pain mais c’est un autre sujet) je suis forcée de constater que je tiens une conversation en espagnol. A un moment je comprends qu’il me demande si je compte goûter au vin quand je serai au Chili alors je lui réponds que oui évidemment et puis je suis un peu étonnée parce qu’il me dit d’attendre et il descend dans sa chambre. Je ne comprends que quand je le vois apparaître tout fier avec une bouteille de rouge débouchonnée au couteau. Commencer l’apéro à neuf heure le matin avec un délicieux vin chilien quelque peu gâché par des petits morceaux de bouchon, ça c’est fait !

En dehors des cours d’espagnol je passe la semaine à me reposer, écrire, flâner dans les rues d’Arequipa qui sont jolies, et lire, je descends trois romans en dix jours et j’en commence un quatrième, ce sont mes vacances dans les vacances. Je me réveille naturellement tous les matins à 6h au point où je me demande si je ne suis pas malade moi qui ai l’impression qu’on m’arrache à la vie quand mon réveil sonne à 8h les jours de boulot. Les premiers jours je dîne avec Audrey et Vincent et puis quand ils s’en vont (snif) je n’arrête pas de discuter avec plein de gens différents, il y en a qui me disent il faut absolument que tu ailles en Colombie, d’autres que l’Argentine c’est extraordinaire et certains qui me demandent comment c’est la Namibie et qui en m’écoutant semble regretter d’avoir choisi le Pérou. Mais je les rassure je m’enflamme toujours quand je parle voyage, je parlerai probablement de la même façon du Pérou dans quelques semaines. J’attends les tous-derniers jours pour visiter ce qui se visite à Arequipa et je tombe en amour pour le couvent Santa Catalina. Toutes les photos que vous voyez avec les couleurs bleues et rouges c’est là, si la ville entière avait été comme ça je n’en serais jamais partie. C’est une semaine tout ce qu’il y a de plus cool que je passe ici, une bulle de douceur dont j’ai un peu de mal à sortir, il faut que je me secoue pour réserver enfin mes trois jours de trek dans le Canyon del Colca.

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7 comments

  1. Merci encore Charlotte pour ces minutes de voyage ! Ce ne va pas être facile de choisir ton futur métier … écrivain, photographe ? photographe, écrivain ? … en tout cas tu peux faire les deux ! 🙂 Un big up pour la photo de la dame dans l’étal de marché en noir et blanc. Magnifique ! Big bises

  2. Superbes tes photos! c’est génial de pouvoir te suivre grâce au blog. Ils ont l’air sympa ces péruviens.
    Tu vas être trilingue très très vite!

  3. Waouh Charlotte!!ravie de voir que tu kiffes!!!
    Ce couvent me rappelle bien des souvenirs…magnifique !!Vive ton TDM!!!Vive les TDM!!tu me donnes envie d’en faire un autre!!continue de t’eclater et De nous faire voyager!!besitos

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