Beverly Hills à Spitzkopje

Quand on quitte Swakopmund il y a une brume épaisse qui recouvre absolument tout mais à l’instant où la ville s’efface pour faire place au désert on est envahis par cette chaleur sèche et ce ciel invariablement bleu que l’on avait abandonnés deux jours plus tôt. Voici à nouveau le sable et les lèvres gercées, la soif insatiable et les paysages interminables ! On se dirige vers Spitzkopje et on ne s’attend à rien alors c’est une sacrée surprise quand on arrive. D’énormes cailloux et roches oranges semblent être tombés du ciel. On se croirait aux Monts Olga en Australie ! Au milieu des cailloux-montagnes et tout autour, la savane. D’ailleurs des zèbres se pavanent. En arrivant on a seulement 40mn pour choisir un emplacement et manger si l’on veut pouvoir visiter le parc (naturel le parc hein pas d’attraction). On torche le choix, la préparation, le dépliage des chaises et des tables et le repas en 25mn montre en main. On est d’une efficacité inquiétante.

On monte tout en haut d’une de ces montagnes et le paysage est si beau que j’en oublie de prendre des photos. Ca tombe bien hein, plus c’est beau moins on en veut c’est bien connu. La suite de la journée se déroule comme toutes ces journées qui soudent les amitiés, on boit du vin namibien devant le coucher du soleil perchés sur un de nos cailloux favoris, je fais poser mes amis à la façon Beverly Hills pour immortaliser l’instant, ensuite on file se réchauffer à la chaleur du barbecue-saucisse qu’on prépare avec amour et dévore avec appétit et puis il y a cette expédition féminine à la frontale pour trouver le meilleur spot pipi du parc (ici pas de douche, pas de toilettes). Extinction synchronisée des feux, si cet arbre n’avait pas agressé Diane l’instant aurait été parfait (je veux dire autant qu’un tel instant peut l’être). Et j’allais oublier la longue contemplation du ciel étoilé le plus étoilé du monde entier ! (Charlotte éteins ta frontale/Mais je fais comment pour vous rejoindre si je vous vois pas ?/avance tout droit/Mais tout droit où ?/ÉTEINS !!!/Oh c’est beau.)

Le lendemain c’est journée tout cool, le matin on cherche pendant des heures le spot idéal pour regarder le lever du soleil au point qu’on finit par le trouver une fois ce dernier bien haut dans le ciel. Ensuite on prend la route et une fois arrivés à l’étape d’après on décide de ne rien faire. En même temps ça tombe bien il n’y rien à faire. Mais avant de commencer on monte les tentes et on se rend compte assez vite que le jerricane d’essence s’est renversé dans le coffre dans lequel pendouille les fils électriques déchiquetés du frigo (on se disait bien qu’il marchait pas celui-là) alors on débranche les fils, on met du sable partout pour absorber l’essence et on verse ce qui reste du jerricane dans le réservoir des voitures. L’embout en plastique tombe dans un des réservoirs, c’est le moment le plus excitant de la journée, on se persuade très vite que la voiture explosera si on ne le récupère pas, alors on s’y met à sept, chacun y va de son petit avis, je crois qu’on est très bruyants. Et puis Anne-Lise-MacGyver prend les choses en main et rattrape l’embout dans un ultime geste de bravoure. Ensuite on s’ennuie un peu, on va tour à tour prendre une douche sans eau chaude (m’enfin cette fois y a une douche) et on ment tour à tour en assurant aux suivants que « non franchement elle est tiède » alors qu’elle est glaciale. Et puis on lit, on écrit ou on rêve, le soleil se fait rasant, la lumière est sublime, on est silencieux et on connaît un de ces instants suspendus où tout est absolument parfait hormis les mouches qui se posent sur nos visages.

Ensuite vient la journée de la loose. Pourtant ça commence pas trop mal, il y a la route (^^) bordée de montagnes ocres sur lesquelles poussent d’étranges petits buissons blanc et vert. On croirait des tâches de moisi c’est très beau. On s’arrête pour découvrir les peintures rupestres de Twyfelfontein, je n’écoute rien, le guide est beau (n’y voyez aucun lien de cause à effet). On demande sans trop y croire s’il y a un garage ou un atelier pas loin, les boulons d’une des tentes se sont fait la malle pendant la nuit et aussi improbable que cela puisse être (on est en plein désert) il y en a un à 5km. On met 45mn pour parcourir les-dits 5 km grâce à notre imbattable sens de l’orientation. Cinq ouvriers s’attèlent à nos boulons. Nous on se réjouit lourdement en se disant qu’on a le cul bordé de nouilles de trouver si vite une solution à ce nouveau problème. On repart 1h plus tard encore assez contents de notre sort et puis après quelques kilomètres la jauge d’essence se met à biper. Fort le bip. On tente d’ignorer le bruit mais au bout d’un moment on se dit que c’est quand même pas normal-normal que tout le tableau de bord clignote en rouge. On essaie d’éteindre et rallumer le moteur (bah ça marche pour les ordinateurs!), de déchiffrer le manuel de la voiture, de se dire que de toute façon on SAIT qu’il y a de l’essence dans le réservoir et puis on se rend à l’évidence, il faut faire demi-tour et retourner au garage. Puisqu’on est très forts on se re-perd au passage. Bien-sûr le bip s’arrête mais maintenant on a le doute. Quand on arrive il y a 5 voitures devant nous (on aurait jamais cru qu’il y ait tant de monde dans ce désert). On attend 3/4 d’heure, une heure ou deux heures (honnêtement à ce stade de la journée je perds la notion du temps (j’ai faim)). On découvre que c’est juste une histoire de fils déchiquetés et mal scotchés (^^) qui rendent un peu fou-fou le tableau de bord. Ok. On repart et on attend de croiser un coin avec des arbres pour s’arrêter manger. Ha. Ha. Ha. On finit par se rendre à l’évidence (décidemment) et on mange à l’ombre de la voiture à côté du buisson à pipi (le seul buisson de toute cette foutue région!). Ça pue et on mange mal mais à ce stade de la faim on a même plus la force de se plaindre. On repart et là les paysages deviennent, genre, DINGUES. Des montagnes qui changent de couleurs et de formes toutes les 5 minutes. Mais pour la troisième fois de la journée on doit se rendre, à qui ? Mais oui à notre amie l’évidence (celle-ci si je la croise…) : on a plus le temps de s’arrêter. Rapport à la route qui reste à faire et à la nuit qui va tomber et la nuit en Namibie… Bref. C’est très ballot parce qu’on avait prévu de s’arrêter à Palmwag (« Vous pourrez vous rendre avec votre 4×4 sur la concession de Palmwag, qui accueille une faune importante sur les hauts plateaux de basalte : girafes, rhinocéros noirs, éléphants du désert, oryx, lions du désert… Les paysages sont uniques, entre les montagnes tabulaires et la flore endémique… ») Et ce n’est pas parce qu’on ne peut pas y aller (pas du tout) mais en passant à côté j’ai clairement l’intuition que c’était le plus bel endroit du monde. Je veux dire il y a des montagnes noires et de la roche orange avec tout plein de buissons incroyables et un panneau attention éléphants sur la route (ATTENTION ELEPHANTS !). Avec Etienne et Anne-Sophie on est dans la voiture de tête et on essaie de rouler plus vite que les filles derrière pour pouvoir s’arrêter, prendre une photo et repartir avant qu’elles nous rejoignent et tout ça sans se faire engueuler. On se fait engueuler quand même. Et puis mes photos sont toutes en contre-jour et mal cadrées. La faute à la précipitation. On finit par arriver, un poil avant la nuit, et on est accueillis par une allemande survoltée qui marche très vite avec plein de rouleaux de PQ dans les mains (pourquoi pas ?). Ceci dit le camping est chouette, il y a des douches ET de l’eau chaude et on a ce sentiment d’être seuls au monde que tous les touristes s’entêtent toujours à rechercher aux mêmes endroits.

10

5 comments

  1. Je suis addict à ton blog ! (parfois même, j’avoue, je râle quand tu ne publies pas pendant plusieurs jours … ce fut long entre le 28 et le 03 😉
    Bisous

    1. Merci :)) les commentaires me font immensément plaisir !! Je crois que tu es ma meilleure lectrice (tu arrives même à commenter avant ma mère !) Prochain article demain soir normalement 😉

  2. Ben oui c’est vrai ça! Comment fait Gaelle? D’abord a-t-elle le droit de lire avant moi? Par ce que plus fan que moi ce n’est pas possible!C’est bon de voyager avec vous….

  3. Hello Charlotte ! Bravo pour tes photos MAGNIFIQUES (grrr…pourquoi on n’est pas partis avec toi !? ) et tes commentaires pleins d’humour : une auteure est née en direct ! (pas sûre que l’Académie française ait accepté le féminin, mais j’imagine que cela n’a pas trop d’importance en ce moment pour toi). Juste une petite remarque : vous semblez parfois avoir des problèmes d’orientation (  » il faut faire demi-tour et retourner au garage. Puisqu’on est très forts on se re-perd au passage »)… Mais JE T’AVAIS OFFERT UNE BOUSSOLE de chez Nature et Découvertes avant ton départ. Et même qu’elle s’éclairait la nuit. Et qu’elle calculait les fuseaux horaires et tout et tout ! Alors quoi ? Tu l’as oubliée ? ou tu l’as vendue pour acheter la girafe ?? A suivre !

    1. Coucou Jeanne, merci pour ton message ! Ma boussole ne me quitte pas et j’adore la regarder la nuit mais figure-toi que les pistes Namibiennes sont fourbes : ce n’est pas parce-qu’elles partent vers l’est qu’elle vont vraiment à l’est ! Je te dirai si ma boussole s’entend mieux avec les routes péruviennes !!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *