Trop de beauté dans le Sud Lipez

Quatre jours, deux 4×4, deux chauffeurs, une cuisinière, neufs amis de voyage, un condensé de grandiose, une foule d’images et de sentiments qui se mêlent et d’entremêlent. Il me semble cette fois impossible d’organiser le flot de mes souvenirs, il me semble que ces quatre jours se sont déroulés hors du temps et de toute chronologie. Voici donc en vrac et pas dans l’ordre ce qui me reste de cette parenthèse enchantée.

La musique. Caroline, Clément, Dimitri, John et moi sommes dans la voiture conduite par Umberto. Tout de suite il nous demande si on aime la musique. Nous on dit oui bien-sûr on adore la musique. On ne peut pas dans cette voiture connecter nos téléphones alors on écoute la sienne. Ca commence par de la bachata, je souris, ça me fait penser à mon voyage au Nicaragua l’an dernier. Et puis au bout d’une heure à peu près, la bachata prend fin pour faire suite à de la flûte de pan. Premier morceau on se marre. Deuxième moins. Troisième, la flûte de pan est accompagnée de cris suraigus de jeunes boliviennes qui semblent avoir un sérieux problème avec le fait d’être en vie. Umberto n’a que cette bande son. Une heure de bachata, une heure de flûtes à cris. Qui tournent en boucle dans la voiture. Je vous ai dit que c’était un road trip ? Un road trip de quatre jours ? Le seul truc que j’ai trouvé pour limiter la casse c’est dire à Umberto que j’A-DORE la bachata histoire d’éviter au maximum la face B de la cassette. Le deuxième jour Clément tente une rébellion et sort son xylophone pour tenter de recouvrir les cris boliviens. Ca fait beaucoup rire Umberto. Ensuite il augmente le son.

Les arrêts photos. L’agence nous avait prévenus, il ne fallait pas hésiter à demander au chauffeur de s’arrêter en dehors des stops prédéfinis si nous voulions faire des photos. Le premier jour je lui demande de s’arrêter 4 ou 5 fois parce que là quand même c’est beau. Au début du deuxième jour, je lui demande deux fois. Ensuite je ne lui demande plus du tout. C’est simple le paysage est si beau, partout, tout le temps, que si je m’écoutais c’est à pied que je ferais le trajet.

Les pauses pipi. Dans le Sud Lipez il n’y a pas d’arbres. Dans le Salar d’Uyuni encore moins. La route n’est généralement encadrée que d’immenses étendues, de sables, de roches, ou de légères broussailles. Attention, magnifiques les étendues ! Mais rien de rien pour se cacher du matin jusqu’au soir.  Parfois on fait des kilomètres à pied pour atteindre ce cailloux qui a l’air gros de loin et qui de près nous arrive au genoux. Caroline devient ma meilleure alliée. Elle a le truc pour trouver l’espèce de coin qu’on n’aurait pas dit mais qui nous cache quand même un peu. Et puis quand vraiment il n’y a rien, elle déplie son châle et l’ouvre grand devant moi. Il est de ces choses qu’on partage qui vous soude une amitié pour la vie.

Les vamos chicos. Souvent, après avoir longuement roulé dans un décors magnifique, le chauffeur nous arrête dans un endroit encore plus magnifique. Il nous laisse filer en disant « une demie-heure les enfants » ou alors « trois quart d’heures les amis » ou encore « on se retrouve à dix heures ». Nous on dit toujours oui et puis systématiquement aucun de nous ne pense à regarder l’heure, ni quand on arrive, ni quand il faudrait repartir. Si bien que, quelque soit le nombre de voitures présentes avec nous lorsque l’on s’arrête, on est sans arrêt les derniers sur les sites. S’élèvent alors, dans le silence venteux du désert, les « vamos chicos » désespérés de notre cher Umberto.

Le climat. Il se passe un truc dans cette région du monde qu’il faudrait qu’on m’explique. Le ciel est invariablement bleu, ça ce n’est pas le problème. Non, le problème c’est la température. Un coup il gèle, un coup il brûle. On ne sait jamais comment sortir de la voiture. Au début, on se fie naïvement à la sortie précédente. Je veux dire quand tu as eu trop chaud en débardeur une demie-heure plus tôt, tu peux raisonnablement penser que la polaire, la doudoune et le coupe de vent seront de trop sur tes bras. Et bien ici que neni. C’est la loterie à chaque sortie.

Les flamands roses. LES FLAMANDS ROSES. Personne ne m’avait dit avant de partir. Je pensais, moi, que sur ce séjour c’était le Salar d’Uyuni qui déclencherait ma folie photographique. Raté. C’étaient les flamands roses. Lors de notre premier arrêt du deuxième jour alors que l’on s’approchait de notre premier lac, j’ai commencé à sentir un truc frétiller dans mes doigts. Le ciel était renversant, la couleur de l’eau incroyable, les montagnes autour majestueuses, mais c’étaient les petites tâches roses que mes yeux ne parvenaient pas à lâcher. Cet animal est addictif. C’est simple, tu as beau avoir déjà pris vingt fois la même photo, tu ne peux pas t’arrêter. Tu deviens fou. Tu te mets à attendre pendant des heures qu’ils lèvent la tête (vous saviez, vous, que cet animal passait les trois quarts de son existence la tête dans l’eau ?), quand il y en a un qui bouge ses ailes tu deviens maboule, si tu le rates tu pleures. Et les flamands roses qui volent ! On en parle des flamands roses qui volent ?  1184 photos en quatre jours. A chaque fois que tu te demandes c’était quoi le but là en les regardant, tu peux être sûr qu’il y a quelque part sur l’image un flamand rose qui vole.

Les voyages dans le voyage. Quand on roule souvent on regarde par la fenêtre la beauté qui défile, les yeux légèrement dans le vague, on admire et on rêve. La route, et celle là encore plus que les autres, se prête à la contemplation. Et puis de temps en temps, sans trop savoir pourquoi, ni comment, surtout n’allez pas penser que le paysage se fane, le paysage est renversant tout le temps, on se retrouve à discuter. La plupart du temps pour rester dans le thème on parle voyage. Caro et Clément ont le don pour parler du leur et alors en un rien de temps je me retrouve à leur côté en Inde, au Laos, en Thaïlande, au Vietnam ou en Chine.

Les repas. Dans la voiture de Cédric, Eric, Julia et Anaïs il y a Christina. Christina c’est notre cuisinière. C’est un peu aussi notre maman de substitution. A chaque arrêt elle nous scrute, c’est qu’il ne faudrait pas qu’on ait faim. Si l’un de nous a petite mine, ou si elle juge qu’on ne tiendra pas le coup jusqu’au prochain repas elle distribue yaourt, gâteaux ou sucette. Le soir, dès qu’on arrive à destination elle disparaît dans la cuisine et ne réapparaît qu’avec une succession de plats délicieux. C’est simple, depuis le début de mon voyage au mois d’août je n’avais encore jamais aussi bien mangé.

Mon soulier de verre. Le premier jour, on ne sait pas trop à quelle sauce on va être mangés niveau température alors je prends dans la voiture avec moi et mes chaussures de randonnées et mes sandales. Les chaussures de randonnées gagnent vite le match et je laisse traîner mes sandales à mes pieds parce que je suis bordélique. Je sais pertinemment que les laisser là c’est prendre le risque qu’elles glissent de la voiture, j’y pense même plusieurs fois mais quand on est bordélique, penser qu’on devrait ranger et ranger pour de vrai sont deux actions antinomiques. On fait soit l’une, soit l’autre. Jamais les deux. Un après-midi, en remontant après un arrêt, je m’aperçois que je n’en vois plus qu’une seule mais je refuse de noter l’observation, à ce moment là je suis en Australie avec Caro et Clément. Ça me revient pendant le dîner alors je dis à voix haute qu’il faudrait quand même que j’aille vérifier que les deux pieds de mes sandales se trouvent toujours dans la voiture. Anaïs dit « c’est drôle que tu dises ça, j’en ai trouvé une aujourd’hui dans le sable ». Elle était comment cette sandale je lui demande. Avec des lanières roses elle me répond. Je crois que je blanchis un poil parce qu’Anaïs prend un air de remord pour préciser « je l’ai reposée dans le sable ». C’était bien ma sandale. Cendrillon ce n’est rien que des mensonges. Et je suis la fille qui appelle son blog « mets tes souliers » et qui en égare un sur deux.

Le stress pré-salar. Y a un truc qui excite tout le monde dans le groupe à propos de ce tour, c’est les photos qu’on pourra faire au Salar d’Uyuni. On a tous déjà vu des photos géniales, le lieu offrant un effet de perspective tout ce qu’il y a de plus réjouissant, de ce lieu mythique. Or donc voilà-t-y-pas qu’avant même d’y être, l’un d’entre nous se demande à haute voix, comment on fait pour ne pas avoir de flou d’arrière plan. Personne ne sait. Panique. Enfer. Damnation. Pas une soirée ne passe sans qu’on fasse des essais. Toujours ratés. On se prend à tous regretter d’avoir des supers appareils photos. Les supers appareils photos sont dressés pour faire de beaux effets de bokeh. Ils ne peuvent comprendre qu’on ne veuille pas d’effet de bokeh puisque c’est pour cela qu’ils existent. On passe tous des heures à trifouiller dans nos réglages, en vain. Plus le Salar approche plus on vacille.

Les copains. A chaque nouveau stop on sort groupés, les yeux écarquillés parce qu’on ne pensait pas que ça pourrait être encore une fois aussi beau, aussi différemment beau à quelques kilomètres d’intervalles, on échange quelques « wauouh c’est fou » et puis chacun dégaine son appareil photo et on s’éparpille quelques temps, histoire de trouver le bon angle, la bonne lumière, la bonne envolée de flamant rose.  Souvent, (quand les flamands persistent à rester la tête sous l’eau) je lève la mienne et je regarde les copains. La plupart du temps je vois alors Clément qui prend en photo Caro qui lui dit « cadre bien la montagne derrière »,  John qui selfie à mort, Dimitri qui regarde au loin, Eric qui saute devant Julia qui le prend en photo entrain de sauter quand elle n’est pas elle même entrain de sauter avec lui, auquel cas c’est Cédric le photographe, quand il n’est pas lui même entrain de sauter avec Eric (quand quelqu’un saute c’est toujours avec Eric) auquel cas Anaïs prend le relais côté appareil photo quand elle n’est pas comme moi entrain d’attendre que les flamands roses lèvent la tête. De toute façon ils ne se redressent que quand Caro leur parle. Et Caro maintenant elle fait un selfie avec son amoureux. Et puis tout d’un coup on se regroupe tous à nouveau, des « qu’est-ce que c’est beau » plein la bouche et des étoiles plein les yeux, et alors on saute ensemble et quand on en a marre parce qu’on est jamais synchro, on fait les flamands roses, faut bien en profiter tant qu’on a la tête hors de l’eau.

Les nuits. Dans le Sud Lipez les nuits sont froides, très froides, et étoilées, très étoilées. Souvent la nuit elle vient alors qu’on est à peine arrivés à destination. La destination c’est l’endroit où on va dormir. Souvent, il change. J’aimerais bien dire l’hôtel où l’on va dormir mais peut-on vraiment appeler hôtel une maison qui n’a ni réception ni salle de bain ? Les guides et les cuisinières semblent chaque fois seuls maîtres à bord, on croirait des maisons désertées. D’ailleurs je suis à peu près certaine que la journée, il n’y a pas âme qui vive entre les murs, seuls quelques fantômes peut-être remettent les draps en place pour les prochains visiteurs. Généralement en arrivant on commence par boire le thé avec des petits gâteaux, après on joue aux cartes, on somnole, on rigole ou on discute, et la soupe arrive sans qu’on ait seulement déplacé nos fesses d’un iota. Le plus souvent on dort tous les 5 dans la même chambre, on reste sagement rangés par voiture, la première nuit John et Dimitri disent que j’ai ronflé comme un bonhomme. Je ne savais pas que j’étais capable de faire ça. J’en suis presque fière du coup. Le reste du temps c’est plutôt les autres qui ronflent mais moi je m’en fiche, tant de beauté ça fatigue, je m’endors comme une souche, avec mon legging en laine de faux lama du lac titicaca, mes trois paires de chaussettes, mes cinq pulls et mes quatre couvertures. Vu qu’on est que cinq dans une chambre de six on peut toujours piller les couvertures du lit qui reste vide et qui me sert d’étagère (je ne sais pas vivre sans m’étaler), ça fait plus de couverture, surtout pour moi (je vous ai dit déjà que j’avais froid, très froid ?).

Les étoiles. Un soir, après le repas, Dimitri m’a convaincue de sortir dans la nuit pour s’entraîner à photographier les étoiles en prévision de notre arrivée prochaine dans le désert d’Atacama. Je me suis levée de table, j’ai mis le nez dehors, je suis re-rentrée, j’ai enfilé absolument tout ce qui était enfilable, je suis ressortie, j’ai allumé mon appareil photo, il s’est éteint, je suis re-rentrée prendre une batterie pleine, j’ai dit ça va être compliqué sans trépied et avec les doigts gelés, Dimitri a dit y a des cailloux et t’as un retardateur, j’ai dit d’accord on va essayer avec le mode automatique, on a essayé avec le mode automatique, la photo était noire, John nous a rejoint, j’ai dit je vais régler les ISO, j’ai mis un max d’ISO, la photo était blanche, Dimitri a dit c’est mieux, John a dit il y a trop de lumière, j’ai voulu recaler l’appareil sur un gros caillou, l’appareil ne tenait pas sur le gros caillou, John a trouvé un meilleur caillou, on a reposé l’appareil sans voir ce qu’il visait, j’ai diminué les ISO, j’ai appuyé sur le retardateur, on s’est demandé si j’avais bien appuyé sur le retardateur, on a penché nos têtes au dessus de l’appareil photo, l’appareil a pris la photo, on a rappuyé sur le retardateur, on a attendu, attendu, attendu, la lumière a clignoté, la photo était blanche, floue, avec des points noirs, on s’est dit la prochaine c’est la bonne, la prochaine n’était pas la bonne, ni la suivante ni celle d’après, on a fini par distinguer la forme des étoiles mais il y en avait dix fois plus qu’en vrai, j’ai dit y a trop de lumière, une voiture a allumé ses phares, on a attendu qu’elle passe en sautillant parce qu’il faisait froid, on a dit on fait un dernier essai, on a fait un dernier essai, c’était mieux, ça ne pouvait pas être le dernier essai, j’ai encore baissé les Iso, j’ai appuyé sur le retardateur avec mes doigts gelés, on a attendu longtemps, longtemps, longtemps, je n’avais pas appuyé sur le retardateur, j’ai ré-appuyé sur le retardateur, on a regardé la photo, John a dit c’est mieux, Dimitri a dit la prochaine sera la bonne, j’ai dit la prochaine on la prendra à Atacama, les garçons ont dit d’accord, on a couru à l’intérieur, il ne faisait pas plus chaud à l’intérieur, on a sauté sous les couvertures, il ne faisait pas plus chaud sous les couvertures, je me suis dit à Atacama je ferai des photos de nuit magnifiques, on n’a jamais regardé les étoiles à Atacama.

Le lever du soleil sur le Salar d’Uyuni. A milieu de la nuit du quatrième matin nos réveils sonnent. On voudrait bien que ce soit une erreur mais ça n’en est pas une. Ici le soleil se lève à l’aube c’est n’importe quoi et nous on a bien l’intention de le regarder droit dans les yeux ce tyran alors on se lève. On était pas sûrs que John y arriverait mais il fait comme d’habitude, il se lève pile poil alors qu’on est tous prêts tout en parvenant à rentrer le premier dans la voiture.  J’étais décidé à me rendormir illico presto dans le 4×4 mais c’était sans compter le froid mordant de la nuit qui n’a pas bien compris que là on est presque au matin, il pourrait commencer à relâcher un peu la pression niveau glaçon mais non. Umberto est tout blanc ce matin. Il demande si quelqu’un sait conduire au cas où, on lui demande au cas où quoi, il ne répond pas tout de suite mais pâlit encore un peu plus en se touchant le ventre. Faut croire qu’en Bolivie même les boliviens ont la tourista. Ceci dit je croise les doigts pour qu’il tienne le coup, même en sachant conduire, je ne vois pas très bien comment on pourrait s’y retrouver au milieu de tout ce blanc. Et puis tout d’un coup il s’arrête, fait le tour de la voiture et remonte en nous disant de prier pour qu’aucun des pneus n’explose si on veut être sûrs de voir le soleil se lever on the place to be. Ça nous inquiète un peu parce qu’en trois jours il nous semble avoir déjà perdu un nombre de pneus considérable. Et puis bien sûr il se ré-arrête soudainement, et rien qu’à sa tête on sait. Il se jette sur le pneu fautif, crique comme un malade et nous on reste dans la voiture, on voit plein de 4×4 qui n’existaient pas il y a cinq minutes nous doubler et il ne fait pas déjà un peu clair là ? Et puis Umberto remonte en voiture, démarre en faisant crisser les pneus, c’est un pari risqué mais ça se tente, roule à toute allure tout en se tenant le ventre, si on avait un peu de ketchup on pourrait l’en tartiner et s’imaginer qu’on est poursuivis et que notre chauffeur a reçu une balle. Honnêtement la tension est quasi la même. Allons-nous voir le soleil se lever ? Nous restera t-il des places ? Ai-je oublié mon bonnet ? C’est à bout de force qu’Umberto nous arrête en bas de la colline entourée par le Salar d’Uyuni. Je ne peux rien faire de plus qu’il nous dit, votre destin est entre vos mains. On voit des marches, on devine qu’il faut les prendre, alors on grimpe, ça me brûle les bronches comme quand au collège les profs de sport nous obligeaient à faire le tour du stade par -5°C. Mais je ne lâche pas l’affaire. Les autres sont loin devant, j’ai envie de leur rappeler que les marches c’est mon domaine. A un moment je rattrape Caro qui fait une pause, je pourrais la doubler mais je me dis que ce ne serait pas gentil alors je fais une pause aussi et puis je la laisse prendre un peu d’avance. Je comprends pas pourquoi dans ce voyage à chaque fois que je veux admirer le soleil se lever je me retrouve dans une galère incroyable à monter une colline ou une dune qui n’en finit jamais de s’allonger au fur et à mesure que j’avance. Vraiment vous êtes sûrs que d’en bas ce serait moins beau ? Non parce que 5h du matin ce n’est pas forcément le moment de la journée que je goûte le mieux pour faire du sport. Mais tout le monde s’en fout et si je ne veux pas regarder ce ***** d’astre jaune sortir de sa cachette toute seule en pleurant sur les marches il faut bien que j’arrive en haut. Et puis tout à coup j’y suis. Il y a du monde mais les gens sont plutôt redescendus un peu (!) pour regarder le spectacle assis sur les rochers. On se case tous par-ci par là. Il y a l’embarras du choix. Le soleil est encore loin de pointer le bout de son nez. Je suis de mauvaise humeur. Je mets du temps à mettre le doigt sur ce qui m’énerve, ça ne me vient qu’au moment où j’ai le soleil bien en face. C’est romantique. C’est romantique et je me dis quoi, on aurait pu me prévenir quand même, je me serais débrouillée pour rencontrer quelqu’un avant de venir moi. Et puis je réalise qu’à dix on ne serait pas tous rentrés dans les voitures où alors il aurait fallu éliminer la cuisinière et éliminer Christina il n’en est pas question. Elle nous cuisine des légumes, tu comprends ? Les premiers que je mange depuis le début de mon voyage, il y a des mois. Alors je me dit qu’après tout cet abruti a déjà passé tout ce temps sans me rencontrer, il peut bien attendre encore un peu. Ensuite les couleurs que prennent les cactus autour captivent mon attention ainsi que mon incapacité à les capturer avec mon appareil photo.

Le Salar d’Uyuni. Ça y est, on y est. On a fini d’observer le lever du soleil, on a mangé le meilleur petit déjeuner de la décennie et Umberto vient de s’arrêter en plein désert de sel. Vous avez quarante minutes il nous dit.  On se regarde tous, fébriles, nos appareils photo à la main avec l’envie d’appeler à la rescousse nos Papas et nos Mamans parce qu’on a peur de rater toutes les photos hilarantes qu’on s’est promis de prendre ici. Et puis on s’éparpille en plein d’ateliers différents, en essayant de faire la mise au point sur l’infini comme nous le conseille notre chauffeur. J’essaie une fois, c’est un échec, ma machine à jolie flou d’arrière plan persiste à faire des jolis flous d’arrière plan mais Caroline y arrive, et Anaïs aussi et encore quelques autres. Alors on se regroupe tous parce qu’un tyrannosaure nous attaque ainsi qu’une boite de pringles, et puis on décide de marcher sur Clément, de manger des copines et de jouer à la petite voiture. Ensuite Umberto nous appelle, ça a duré 5 secondes, on a beau faire la sourde oreille, il est tout de même trop près pour lui faire croire qu’on ne l’entend pas. Alors on repart, un peu hilares, un peu fébriles, en espérant qu’on en ait quelques unes de réussies.

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5 comments

  1. Merci beaucoup pour ce beau cadeau d’anniversaire. C’est mon plus beau cadeau. Dieu que c’est beau ! Vin dieu que c’est bien écrit !!!!!

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