Gare à tes cuasses Paracas !*

Bien sûr quand j’arrive à la gare routière pour mon premier trajet en bus péruvien, je double la queue des 50 personnes qui attendent patiemment leur tour assises devant les guichets. Tellement patiemment que je n’avais pas vu qu’elles attendaient. Je veux dire, en France quand 50 personnes attendent, il n’y a aucun doute : on a les soupirs, les regards désespérés vers la montre, les cent pas martelés nerveusement alors même qu’il y a de la place pour s’asseoir. Ici, rien de tout ça. Les gens ont limite l’air heureux. J’ai bien vu que la dame du guichet essayait de m’expliquer quelque chose en me montrant une borne d’où sortaient des petits papiers mais ce n’est pas de ma faute quand on me parle dans une langue étrangère, mon cerveau ralentit. Un peu comme s’il y avait un bug système. Alors en croisant mon regard vide la gentille dame se résout et m’imprime mon billet. En souriant en plus. Evidemment au moment où elle me le tend mon cerveau finit de mouliner et je me doute de ce qu’elle essayait de m’expliquer quelques instants plus tôt, alors en me retournant pour faire face à la foule je m’attends à essuyer regards noirs ou cailloux. Et en fait, rien. Les gens ont toujours l’air aussi calmes, la seule différence c’est que maintenant je vois les tickets numérotés dans leurs mains. NON MAIS C’EST QUOI CE PAYS ?

Dans le bus je tends l’oreille pour essayer de voir s’il y a des français. Pas que je sois sectaire, hein, mais je sens confusément que là c’est encore un peu tôt pour me faire des amis en espagnol. Seulement je vois juste un couple qui n’a pas l’air sympa alors je me dis que je vais certainement attendre encore un peu pour les supers rencontres de voyage qu’on m’a promis. Pendant le trajet je garde les yeux grands ouverts aussi longtemps que je peux, et j’hallucine, je vois des dunes, partout des dunes, au bord de la mer, des dunes, au bord de pas de la mer, des dunes. Moi je croyais que j’avais changé de continent mais en fait on m’a menti je suis toujours en Namibie. Quand je me réveille 6h plus tard (les dunes à force ça hypnotise), on est arrivés et il y a encore des dunes. Je demande au couple qui a l’air pas sympa s’ils savent si on peut rejoindre les hôtels à pied et ils me répondent, pas-sympas-avec-un-air-mais-pourquoi-elle-nous-parle-celle-là-en-plus-t’as-vu-elle-voyage-toute-seule-c’est-bizarre, qu’eux ils ont le chauffeur de leur hôtel qui vient les chercher. Ok. Oui parce que bien-sûr quand je disais dans l’article précédent que j’avais organisé mon itinéraire pour les jours à venir, qu’on soit bien clairs, j’ai juste décidé des endroits où je voulais aller mais j’ai pris bien soin de ne prendre aucun renseignement pratique. Aventurière on a dit. Alors je sors de la gare routière et à la sortie je vois un gardien à qui je demande si je peux aller à pied jusqu’au centre de Paracas (je mime « marcher » avec les doigts ça marche très bien), il me dit si izquierda y despues derecha et c’est parti, moi et mes treize kilos de sac on part à la recherche d’un hôtel pour la nuit. J’en croise très vite plein mais je ne sais pas, ils ne m’inspirent pas, et au bout d’un moment j’en vois un tout à l’opposé de là où je suis, il faut traverser une route et tout un chantier pour le rejoindre, il s’appelle l’amigo ou un truc dans le genre et c’est lui que je veux, il a l’air de rien mais je sens que c’est MON hôtel. Quand j’arrive à l’accueil, il y a un couple devant moi et ils parlent espagnol à peu près comme moi, alors je sais, c’est des français. On discute assez vite et, dingue, ils sont supers sympas. Je leur dis que je voulais faire le tour de la réserve naturelle en vélo et pas en bus avec un guide comme tout le monde fait, j’ai lu sur un blog que c’était possible, et l’idée les emballe alors on part à la recherche de l’agence qui nous louera des vélos. Audrey et moi on a toutes les deux fait espagnol deuxième langue et Vincent jamais, et pourtant c’est lui qui parle. Il rajoute des o et des a à la fin des mots et ça marche très bien. On réserve ensemble un tour sur les îles Ballestas pour le lendemain matin (pas trouvé de barque pour y aller sans guide) et nos vélos pour le lendemain après-midi et on va boire la première cervesa-sur-terrasse-sur-le-toit de mon voyage (première d’une longue série je vous préviens !). Quand on se préoccupe de manger, il est huit ou neuf heures du soir et on trouve trois restaurants vides qui se battent en duel. A croire que cette ville n’a plus aucune population passée 19h.

Le lendemain matin on part pour les îles et on hallucine un peu parce qu’on a comparé deux ou trois agences avant de choisir avec laquelle partir mais en fait ils mettent tous les touristes sur le même bateau, toutes agences confondues. En gros les gens ont tous payé des prix différents en écoutant des arguments différents pour faire au final exactement la même chose. Je trouve ça assez rigolo. Quand le bateau démarre je réalise que c’est ma première virée sur le pacifique et ça me fait quelque chose. On s’approche des îles et il y a des oiseaux absolument partout, sur l’eau, dans le ciel, sur les rochers, un miracle que nos cheveux restent indemnes. C’est très étonnant comme vision. Le guide qui parle en espagnol ou en anglais je ne sais pas, je suis au stade où je suis perdue dans toutes les langues, nous montre un lion de mer sur un rocher et approche le bateau tout près. Je trouve ça chouette de le voir mais j’aurais trouvé ça encore plus chouette qu’on le voit de plus loin et qu’on ne lui mette pas nos gaz d’échappement dans la figure. Ensuite il nous dit (le guide, pas le lion de mer) qu’il y a des pingouins dans la grotte la-bas et il amène le bateau DANS la grotte. Même nous on tousse, voir on s’étouffe. C’est que le bateau n’avance pas avec des rames hein. Derrière nous il y a au moins 5 bateaux qui attendent pour faire la même chose. A ce rythme là, il ne leur restera pas grand chose à montrer sur les îles Ballestas. Du coup ça nous met mal à l’aise, voir on culpabilise d’avoir participé à ça. Bref si on avait su on ne serait pas venus !

Sur le trajet du retour, on passe devant les lignes de Paracas : c’est la même chose que les lignes de Nazca mais à Paracas. Sauf qu’il y a un seul symbole, un espèce de chandelier. Je me concentre très fort pour écouter le guide, quelque soit la langue dans laquelle il parle, parce que ça m’intéresse et même si par moment je décroche (je n’arrive pas à me sentir concernée quand on ne me parle pas en français) (oui je sais ça promet), je comprends ce que je savais déjà : ces lignes sont un mystère archéologique « esquissées à même le sol il y a 2000 à 2500 ans afin d’être vues du ciel par les dieux ancestraux péruviens, ces formes géométriques, dont la taille varie de quelques mètres à plusieurs kilomètres, s’observent en vol, (ou en mer pour le motif de Paracas). Les géoglyphes jouaient sans doute un rôle capital lors des rituels destinés à faire tomber la pluie nécessaire aux terrains desséchés de la cordillère des Andes. Leur signification, elle, reste inconnue. » Ouais. J’ai retenu tout ça. J’avoue que ça m’intrigue ce truc, je veux dire on est dans un désert, comment que ça se fait que les lignes ne soient pas recouvertes de sable depuis le temps ? Je suis sûre qu’il y a plein d’explications rationnelles à ça, mais le plaisir réside dans la magie des choses alors je décide de ne pas poser de questions (rien à voir avec mon incapacité à les formuler) (ni avec le fait que je ne suis pas sûre que le guide n’ait pas déjà répondu à cette question) (bien entendu).

Ensuite on revient sur la terre ferme, on achète des sandwichs (très important les sandwichs) et on enfourche les vélos. Au bout d’à peu près 5 minutes je me dis que ça ne va pas le faire, j’ai déjà mal aux fesses et Audrey et Vincent ils sont vraiment chouettes et je les connais encore beaucoup trop peu pour faire la relou qu’il faut attendre tout le temps et qui crève ou qui déraille ou qui se fait un claquage de la cuisse droite et il faut l’amener en urgence à l’hôpital parce qu’on sait jamais c’est peut-être un truc très grave. Et puis au bout de 20 minutes à peine, les paysages sont BEAUX et j’oublie complément mon délire, je profite ! Il y a le sentiment de liberté que donne toute ballade en vélo, des copains sympas, le soleil sur ma peau et du vent dans mes cheveux. De face le vent, ça nécessite de pédaler même quand ça descend mais ça balaye les cheveux dans le bon sens. Les paysages sont très très beaux, je n’aurais jamais cru voir ça au Pérou, j’en suis toute chose. Une chose très enthousiaste. D’ailleurs je n’arrête pas de le dire « c’est beau ». On s’arrête assez souvent pour prendre des photos ou pour pousser nos vélos dans les côtes trop raides (enfin ça c’est juste Audrey et moi, enfin surtout moi, Vincent il pédale, faudra qu’on m’explique un jour pourquoi les hommes ont pris tous les gênes « forces physiques » juste pour leurs gueules). A la fin de la journée, c’est à dire au bout de 35 kilomètres (je précise parce que je suis fière) de pédalage intensif (surtout ne croyez pas que c’est plat le parc de Paracas, c’est les Pyrénées en pire et en tout sec) (mais à la fin il y a une énorme descente, c’est le pied totale côté sentiment de liberté et soleil sur la peau et vent dans les cheveux même et surtout si cette fois le vent nous pousse), je ne peux plus marcher. Il y a des muscles, avec lesquels je n’avais jamais fait connaissance jusque là, qui expriment la plus grande colère à mon égard. On décide de soigner ça à la bière. Et puis quand on a assez bu pour avoir l’impression qu’on peut de nouveau marcher (en fait non, aïe) on file manger le premier ceviche de mon voyage et j’adore ça. Je ne sais pas si c’est la bière péruvienne qui a des vertus magiques ou alors le poisson ou alors mes muscles qui sont en fait beaucoup plus costauds que je ne le crois mais le lendemain je n’ai AUCUNE courbature. La prochaine fois, mon tour du monde, je le fais en vélo.

*avec cuisses ça ne rimait pas !

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7 comments

  1. C’est vraiment super de te lire, on a vraiment la sensation d’être un peu avec toi, là bas, les quelques minutes du temps de la lecture. Et tes photos sont incroyables, je me le dis à chaque post.

  2. Cest extra de te suivre et d’imaginer que ton quotidien ressemble à tout ca… ça permet de s’échapper du notre et cest magique😎 J’ai vu Vero Boc ce WE qui t’embrasse fort!!
    Moi aussi, à très vite
    Pauline

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