Le Canyon del Colca

Le réveil sonne à 2h50 du matin, à 3h je suis prête. Mon tee-shirt est à l’envers et j’ai les yeux collés mais je suis prête. Je rentre dans un minibus plein de touristes autant ensommeillés que moi. Je me réveille un peu plus nettement 2 ou 3h plus tard alors que le jour se lève et que le chauffeur se prend pour un pilote de formule 1 dans les lacets interminables qui mènent au canyon. Ça ne réveille pas que moi alors je tends l’oreille histoire d’identifier les éventuels français à bord et bingo j’entends très distinctement une fille dire à sa copine « fais quelque chose je vais vomir ».  Je suis partagée entre la joie d’avoir trouvé d’éventuelles copines de langage et l’angoisse qu’elle vomisse sur mon sac. Je suis assez tenté d’éloigner ce dernier mais je trouve le geste assez antipathique. Pendant que je réfléchis à une stratégie la copine en question supplie le chauffeur de s’arrêter. Il commence par lui tendre un sac en plastique puis finit par céder quand la malade en question lui hurle que s’il ne s’arrête pas tout de suite elle prend soin de dégueuler absolument partout dans sa caisse. Pendant qu’elle vomit à l’air libre j’entends des gens s’interroger : route ou mal de l’altitude ? Je vote pour le mal des transports. Je suis assez contente le groupe est sympa et il y a 4 autres francophones, des suisses, mais je finis par comprendre que tous ici vont faire le trek en deux jours et non en trois. Ils ont beau être sympas j’espère franchement qu’on va me coller à un autre groupe pour le trek, l’idée de faire en deux jours un parcours que je ne suis pas sûre d’être capable de faire en trois me rassure moyennement.

On prend le petit déjeuner le plus bizarre de mon existence (il y a une boisson chaude d’une couleur douteuse avec du quinoa dedans, je veux dire qui boit ce genre de chose de bon matin ?) et puis on s’arrête voir les condors qui survolent un coin du canyon. Il y a beaucoup, beaucoup plus de touristes que de condors alors j’ai du mal à les apercevoir. Mais j’entends des commentaires assez enthousiastes. M’en fous moi j’ai vu des lions en Namibie. On finit par arriver et le guide qui était dans la voiture me dit « toi t’es pas dans le groupe, mets-toi là » et il me plante toute seule au milieu de rien. Je commence à sympathiser avec une belge qui passe par là, elle arrive juste de Colombie, ça m’intéresse puis il y a un guide qui me dit toi tu viens avec nous et m’emmène face à dix personnes qui me demande if I speak english « a little bit » y espanol ? « un poquito » « Ouais en fait on est tous français quoi ». Même si je suis un peu vexée que mon accent me trahisse en à peine 4 mots je suis soulagée, j’ai cru pendant quelques secondes que je me trouvais dans le seul groupe sans francophone de tout ce cirque touristique (en fait on est PARTOUT). On commence à marcher et puisqu’on part tous en même temps les groupes se mélangent. Je me retrouve à côté d’un des suisses de tout à l’heure, on discute. Le chemin descend alors je n’ai pas de mal à me caler sur son rythme même si c’est un sportif et qu’il a 23 ans. Et puis tout d’un coup, au bout de 2h à peu près, mes jambes flagellent. Mais genre, grève de la marche. Je suis obligée de m’arrêter et de manger un truc alors j’abandonne mon ami suisse. Je reste assise un bon petit moment et je réalise que je ne reconnais personne. Je me concentre mais je me révèle incapable de me souvenir du moindre visage appartenant à mon groupe. Et je n’ai absolument pas prêté attention au nom de mon guide. J’arrive tout en bas sans mes coéquipiers mais avec mes jambes qui jouent des castagnettes. Je ne suis pas sereine-sereine, si mes jambes sont déjà dans cet état là après moins de 3h de descente qu’est-ce que ce sera le dernier jour pour les 1000 mètres de dénivelés positifs !? Il y a un pont à l’entrée duquel il faut attendre son guide parce qu’à partir de là il y a plusieurs chemins. Je retrouve les Suisses mais aucune trace de mon groupe. Soit je suis la première et ça me rassure sur le pourquoi de l’état de mes jambes soit je suis la dernière et non seulement je suis une petite crotte en sport mais en plus je ne sais pas où je vais dormir. J’attends un peu plus d’une demie-heure pendant laquelle je me rassure en me disant que si je suis perdue ça sera l’occasion de dormir chez l’habitant et ça fera toujours une histoire drôle à raconter. Finalement je vois une petite blonde qu’il me semble reconnaître et derrière elle une dizaine de personnes qui me sourient. Heureusement les gens sont plus physionomistes que moi ! Ceci dit je suis presque déçue. Je m’étais inventée une petite mamie charmante chez qui je passerais la nuit et qui me raconterait toutes les légendes de la région, dans un espagnol compréhensible bien-sûr, en me préparant une bonne soupe. J’imagine que ce sera pour une autre fois. Le bon côté des choses c’est que je leur ai quand même mis trente-cinq minutes dans la vue à mes coéquipiers ! On reprend la route tous ensemble, maintenant c’est un petit chemin qui monte, ça me désespère cinq minutes et puis je me rends compte qu’en dépit du bon sens je préfère monter que descendre. Ça me ravigote ça tient ! Ensuite on arrive à l’endroit où on va dormir et avant tout manger, c’est une petite compilation de bâtisses pas finies (faudra qu’on m’explique un jour pourquoi les péruviens ne finissent jamais leurs maisons) entre lesquels il y a un petit jardin avec un enfant bruyant et beaucoup de chiens. On fait un peu connaissance tous et je comprends avec horreur que je suis la plus vieille. Largement. Moi je trouve que je suis beaucoup trop jeune pour être la plus vieille. Et en plus personne n’a l’air étonné quand je dis mon âge. Il n’y a que des couples et quand le guide explique qu’il y a quatre chambres de deux et une chambre de trois ils se battent tous pour ne pas dormir avec moi. Ma petite vieille me manque. Finalement les plus gentils se dévouent. On mange et on joue aux cartes. Je perds ça m’énerve, alors je ne veux jamais arrêter, c’est pas possible y a bien un moment où je vais en remporter une de partie ! Mais il n’y a rien à faire même en trichant j’arrive à perdre !

Le lendemain matin je me réveille avec des courbatures de fin du monde. Ça tombe bien on ne marche que 5h aujourd’hui. Et puis on s’y met, on marche, c’est dur cinq minutes et après c’est juste beau. C’est clairement ma journée préférée. Je m’esbaudie toutes les cinq minutes ! On traverse des petits villages sans grands charmes mais les parois du canyon scintillent tout autour alors ça me plait et puis il y a des cactus, et des chevaux et oh une cascade. Bref ça passe à toute vitesse et à l’arrivée il y a une piscine ! On a juste le temps de faire un plouf et le soleil se cache glagla, un peu plus et on ratait la baignade. Après ça je bouquine, on joue aux cartes, j’ai mal aux jambes dès que je fais un pas, d’ailleurs je dis ouille à peu près tout le temps. Il y a un groupe arrivé après nous qui se met directement à faire un volley. Je me dis que décidément on est pas tous égaux. Au moment de se coucher je reste bloquée une demi heure à cause d’un chien qui grogne dès qu’il m’aperçoit. Le chien il joue avec tout le monde toute la journée mais moi, il me voit, il grogne.

Le lendemain matin le réveil sonne à 4h40 à 5h15 je suis prête. Ce n’est toujours qu’un quart d’heure de plus que les autres. C’est la journée que tout le monde appréhende depuis le début, 1000 mètres de dénivelés positifs qu’on est censés grimper en trois heures. Les cinq premières minutes (toujours elles !) j’ai mal partout et surtout j’ai l’impression qu’on m’a volé mon souffle pendant la nuit mais finalement ça passe et oh mais je marche dans les premiers ! Je passe une heure et demi à me dire qu’en fait je suis hyper sportive, si ça se trouve je vais arriver la première là haut, je me sens super en forme, en fait elle est facile cette montée. Quand je croise les guides j’ai la très mauvaise idée de leur demander combien de temps il reste avant l’arrivée. Ils me répondent 2h. Alors que je pensais avoir fait au moins la moitié. Instantanément je sens mes jambes qui tirent et puis mon souffle là c’est plus vraiment ça. Mais c’est horriblement long cette rando ! Du coup ça m’énerve ce n’est pas la course après tout, tant qu’à faire je fais plein de pauses et je prends des photos (ratées il fait moche) (oui quand je rate mes photos c’est toujours à cause de la météo) (pas vous ?). A un moment je vois le sommet et j’ai envie de m’asseoir là et de ne plus bouger jusqu’à ce que quelqu’un se décide à me porter. Mais je continue parce que quand même j’ai ma fierté. Et ce qui me rassure c’est qu’on croise plein de gens qui ont craqué et qui font la montée sur le dos de mules. Les nazes. Les mules sont deux fois plus petites et frêles que les gens qui montent dessus. Elles ne sont franchement pas super vaillantes et posent parfois leurs sabots à deux centimètres du vide. Il y a même le groupe du volley qui monte à dos de mule ! Ça me rebooste parce qu’il n’y a pas moyen que je finisse le trajet sur ces pauvres bêtes. Finalement je mets trois heures pile pour tout monter soit 3/4 d’heures de moins que ce que m’avaient annoncé les guides à mi-chemin. Les salopiots, ils m’ont cassé le moral pour rien ! Après ça on prend un petit déjeuner (à jeun la montée !) et ensuite on monte en voiture, je dors, on s’arrête à un peu plus de 5000 mètres d’altitude pour voir des sommets cachés par les nuages. Il neige. Je ne sens rien du tout alors que je pensais ne pas supporter l’altitude. Je me ré-endors, on s’arrête dans des sources d’eau chaude. Très agréable le trempage dans la grosse baignoire en ciment avec 20 personnes qui viennent juste de finir le trek ! J’ai un moment l’espoir que ça fasse fuir mes courbatures. Je ne vais pas faire durer le suspens : non. Je vais passer les trois prochains jours à dire ouille à chaque fois que je descendrais une marche. Bref je re-dors, on me réveille parce qu’il y a des lamas ou des alpagas ou les deux, je sors faire trois photos, je me rendors. J’arrive à Arequipa en pleine forme. L’hôtel fait une drôle de tête en me voyant arriver, ils ont oublié ma réservation. Finalement ils me trouvent une place en dortoir. Je discute avec la fille qui est dans le lit à côté du mien (il n’est que 17h mais qui suis-je pour juger moi qui ai passé presque toute la journée à dormir dans un mini-bus), elle me dit que c’est la première fois qu’elle voyage seule et qu’elle le vit très mal, j’essaie de la réconforter et puis je me rends compte qu’elle a un regard sacrément bizarre et qu’elle tremble. En fait elle est complètement droguée ou complètement en manque en tout cas il y a quelque chose d’anormal dans son comportement. Qui m’avait dit qu’on faisait de supers rencontres dans les dortoirs déjà ? Et pile quand je me dis ça il y a trois mecs qui entrent dans la pièce, eux ont un grand sourire ils sont bretons (il y a clairement un lien de cause à effet non ?). On papote ils me semblent bien sympas (je vous ai dit qu’ils étaient bretons ?), je m’invite à leur apéro sur le toit et on décide d’aller manger la spécialité du Pérou qui fait le plus parler d’elle: le cuy. En français cochon d’inde. Pour ne pas être écœurée je prends juste un filet et pas l’animal entier comme les garçons. Ce qui est un peu idiot parce que bien-sûr eux dirigent la tête de leur cuy vers moi et les cuy ont un espèce de sourire ignoble avec toutes leurs dents et je SAIS que je mange la même chose. Je trouve que c’est gras et ça a un goût d’animal. Moi je préfère quand j’oublie la bête et que je savoure la viande. Je passe une bonne soirée, ces bretons sont drôles et ils ont la politesse d’avoir la trentaine, je suis contente d’être tombée dans ce dortoir. Je passe quand même la nuit à me demander si la fille à côté de moi va tenter de me découper en morceaux pendant mon sommeil et en fait non. Ouf. Le lendemain re-apéro-dîner avec les bretons et Dietrich-le-belge qui les a rejoint. On échange nos numéros, on se croisera peut-être à Cusco. Mais pour l’instant je quitte Arequipa, direction le lac Titicaca !

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