Naukluft, les crapauds et les pintades

Naukluft. C’était l’étape randonnée de notre voyage. Il fallait se débrouiller pour arriver assez tôt pour avoir le temps de faire la marche qui devait durer entre 4 et 5h et rentrer avant la nuit. Bien sûr on est arrivé un peu tard, la route était belle (^^) alors à force de « Oh c’est beau » on tenait pas vraiment notre planning de départ. Quand on a découvert qu’au lieu d’un camping c’était des lodges qui nous attendaient à cette étape, j’ai eu envie de me débiner et de remplacer la rando par une sieste et une douche chaude (le graal) mais Anne-Sophie m’a rappelé gentiment que c’était quand-même moi qui avait harcelé tout le monde pour qu’on rajoute une journée de marche à notre programme (parfois faudrait que j’apprenne à me taire). Quand elle l’a dit ça m’est revenu assez clairement alors je me suis gratté la gorge, quoi vous avez cru que je voulais pas la faire cette balade haha mais bien-sûr que si je vous suis, attends, moi, rater la rando du voyage, jamais de la vie ! Donc chaussures de rando, short décathlon assorti, sentier.  Stress collectif parce que cette rando fallait qu’on la fasse en 4 heures et pas en 5, parce qu’il allait faire nuit sinon et que la nuit en Namibie c’est pas les souris qui dansent c’est toute la faune qui se réveille, c’est pas permis tous ces gros chats qui pioncent toute la journée et qui cherchent à te croquer dès que le soleil se cache. Au début c’était un petit sentier qui montait le long de la montagne et quand Etienne et Anne-Lise ont arrêté d’essayer de nous semer en marchant n’importe où dans les fourrés (désolé on peut pas à la fois être à la traîne ET faire attention à la signalisation) c’est devenu assez sympa. Cette fois je n’avais pas l’impression de perdre mes poumons et le paysage était chouette.

Et puis on est arrivé tout en haut et on avait pas le temps de s’arrêter parce qu’on avait aucune idée du temps qui nous restait à marcher alors j’ai commencé à râler (intérieurement hein je veux que mes copains continuent à m’aimer alors je me tais) parce qu’en fait moi ce que j’aime dans la rando c’est le moment où on s’arrête tout en haut et où on profite du paysage en mangeant des gâteaux. Sans parler de la descente qui devient super caillouteuse, on ne peut pas quitter le sol des yeux sous peine de se casser la cheville ou de glisser, y a plein de gros rochers à escalader et à redescendre, ça dure des heures, vous ne pouvez pas imaginer comme ça râle dans ma tête. Heureusement je ne suis pas la seule à être la dernière. A un moment on approche d’une mare pestilentielle, espèce d’énorme flaque d’eau qui croupit depuis des générations. Marion répète deux ou trois fois que là c’est pas le moment de tomber alors à l’instant où je descends du gros rocher qui la jouxte (la mare pas Marion) je m’assois carrément pour être sûre de ne pas glisser. J’ai un peu honte ce n’est pas si haut, puis après je me retourne pour lui dire un truc (à Marion pas à la mare) et je la vois qui tombe au ralenti. Dans la mare. Avant même d’avoir peur pour ses fesses je suis saisie par l’odeur. L’eau croupie qui croupit depuis des générations elle est pas vraiment faite pour être remuée on dirait. Quand elle se relève je vois un énorme crapaud nager entre ses jambes. Heureusement elle n’a mal nulle part, elle est trempée, un peu secouée et elle sent le mammouth mais ça va; on reprend la route en regardant encore plus nos pieds qu’avant.

Et là. On. Arrive. Au bord d’un précipice. Qui donne sur une mare qui ressemble à la précédente en dix fois plus profonde. Ce qui est drôle c’est que mes amis avaient mentionné un moment pendant lequel il y aurait une chaîne censée nous aider à passer à coté d’une « piscine naturelle ». L’info avait traversé mon cerveau sans s’y arrêter. C’est marrant, moi qui ai le vertige, que le mot chaîne ne m’ait pas alertée. On stoppe toutes devant le passage sauf Etienne qui se lance et durant un instant on voit bien qu’il ne se tient que par la force des bras, pas d’accroche pour les pieds. Donc, il va falloir que je compte sur mes bras pour survivre. Vous avez déjà vu mes bras ? Non parce que moi je les connais bien en l’occurrence et je ne miserais pas grand chose sur leur capacité à me sauver la vie. Pas possible de faire demi-tour, ça fait plus de 3 heures qu’on marche et la nuit, les animaux sauvages blablabla. On a un petit moment de flottement et puis ça va assez vite, Anne-Lise passe, pas très rassurée, en deuxième et dit un truc comme « mais c’est super galère ». Il faut savoir qu’Anne-Lise c’est pas une trouillarde. C’est la MacGyver du groupe et c’est aussi la plus sportive. Alors quand elle dit que quelque chose est super galère c’est que vraiment ça rigole pas. A ce moment là je réalise qu’il faut surtout pas que je passe la dernière, sinon c’est sûr j’y reste pour la nuit alors j’y vais. Au moment où j’attrape la chaîne je réalise que je vois flou. Parce que je pleure. Apparemment je pleure quand j’ai peur. On m’avait bien dit que je découvrirai plein de choses sur moi pendant mon voyage mais j’espérais des traits de caractère un peu plus glamours. Ceci dit je passe, mes pieds trouvent des encoches dans la roche et quand ça n’est plus le cas j’enroule mes bras autour de la chaîne suffisamment fort pour en garder des hématomes pendant 15 jours mais je passe. Oh joie, Oh fierté. C’est très marrant cette propension qu’on a de passer de la trouille absolue à la fierté la plus grande. Alors que je veux dire, je suis quand même passée en pleurant.

Après ça, fait étrange, je passe en tête de cortège pour la dernière heure de marche. Honnêtement j’ai jamais marché aussi vite de ma vie. Je sais pas exactement ce que je fuyais mais ça risquait pas de me rattraper. C’est là que j’ai fait une des rencontres les plus marquantes de mon voyage : les pintades de numidie. C’est l’animal le plus drôle de la terre. Je me suis attrapée un fou rire toute seule en traçant comme une fusée (parfaitement je traçais comme une fusée) en les regardant essayer de fuir le danger (moi) en s’entêtant à marcher juste devant. De toute évidence s’envoler ou se mettre sur les côtés c’était trop sophistiqué pour leurs petites têtes.

On est arrivé à nos voitures pile en même temps que la nuit et une fois rentré on a retrouvé Aly (elle, elle n’y était pour rien dans cette histoire de trek alors elle en a profité pour dormir dans un vrai lit) et on a foutu un souk pas possible pour manger tous dans un des lodges : on a réuni plusieurs tables de nos différentes chambres, fait la vaisselle dans la salle de bain, organisé un atelier découpe de légumes et fait cuire les meilleures pâtes aux poivrons du monde sur les réchauds à gaz devant la porte d’entrée. On a ouvert du vin et on a beaucoup, beaucoup rigolé.

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7 comments

  1. Ah ah! Très drôle! Moi j avais fait le choix de rester au super Lodge parce que je savais aussi que j allais vous ralentir ! 🙂 mais j étais prête a mobiliser toutes les forces de sécurité du pays si vous n étiez pas arrivés à temps ! 😉

  2. Hello Charlotte,
    C est super de te lire! Ça fait un bien fou!
    J ai hate de te suivre (meme à distance) pendant ton voyage… J espère qu il t apportera ce que tu es partie chercher 😀
    Bises et bon voyage!

  3. C’est génial toutes ces histoires … ma petite pause de la journée !
    Encore ! encore ! encore
    (chapeau pour le passage dans la roche …. z’êtes des fous !)

  4. Merci Charlotte, ça fait tellement de bien de te lire et de rire! Très chouette écriture, on revit vraiment tous les super moments de ce voyage magique. Hâte de lire la suite de tes aventures!

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